Pierre Diner, itinéraires d'un peintre. Exposition

Exposition publié le 19/07/12 16:38 dans Cultures par Eric An Eost pour ABP

Ils étaient plus de 100 personnes à venir célébrer Pierre Diner vendredi dernier à Plonéour-Lanvern. C'était en effet le vernissage d'une exposition rétrospective Pierre Diner, Itinéraires préparée depuis plus d'un an «lienvoir» href=«article.php?id=26266»>(voir ABP 26266). Celle-ci rassemble à la salle Jules Ferry 80 œuvres, jusqu'au 14 août. 80 oeuvres, comme les quatre-vingts ans de Pierre Diner qu'il a fêtés le jour de l'inauguration…


Voici un commentaire du commissaire de l'exposition, Bernard Le Floc'h, suivie d'un très beau résumé de la vie de Diner, contée par Christine Jaouen, dite Ouenja. Ces deux extraits sont intégrés au très beau catalogue de l'exposition que vous trouverez sur place, avec de nombreuses reproductions des toiles du peintre.

Commentaire de Bernard Le Floc'h, commissaire de l'exposition

Tous ceux qui ont connu Pierre Diner à Penmarc'h décrivent un bon peintre et un bon vivant. Personnage complexe, contradictoire, jovial et inattendu, Pierre Diner séduit très tôt une large clientèle. Pierre se joue des conventions et la pratique consciencieuse du métier n'a pas empêché le chevalet de se poser en rival d'une tournée au bistrot avec les copains après une virée en scooter.

La manière de vivre de Pierre Diner structure sa peinture et son travail se place sous l'aspect d'une narration. Il prend le soin d'éviter la lourdeur d'une redondance et cherche la complémentarité dans le traitement de ses thèmes de prédilection. Il peint la vie des ports, ces lieux de polarisation de la société maritime et essaie de magnifier le travail des marins dans des poses hiératiques. Véritable épine du cubisme plantée dans sa peinture, si son trait durcit l'instant, ses marins au profil à la Corto Maltese confèrent à l'œuvre un singulier relief bien éloigné du pittoresque ethnographique à la mode...

Biographie de Pierre Diner par Christine Jaouen
(nom d'artiste : Ouenja)

Pierre Diner naît en 1932 à Morlaix. Son père, François, tient un magasin de chaussures et exerce le métier de bottier. Yvonne sa mère s'occupe des trois garçons, Pierre, Alain, Jean-Jacques à la maison. C'est sous les bombardements que les enfants se rendent à l'école. Elle devient itinérante en raison de la dangerosité du lieu situé à proximité du viaduc et du terrain d'aviation. Les cours se font parfois dans la cave d'Yvonne et François.

Après le certificat d'études, Pierre Diner intègre le centre d'arts plastiques “Gue a Tresmes” en Seine et Marne et aborde pour la première fois l'histoire de l'art. Chez HB à Quimper, employé comme potier, il rencontre des artistes tel que Géo Fourrier, Jean Mingam dont il découvre l'exposition à la Galerie Saluden. Ce dernier l'encourage à devenir artiste peintre. Pierre va aux Beaux-Arts de Quimper et a comme professeur pour la peinture Jos Kervella, et la sculpture Pierre Toulhoat. Il ne tient pas en place et alterne travail chez HB, cours aux beaux-Arts et voyages avec les forains.

A 18 ans, il réalise des décors baroques sur leurs manèges, en sillonnant toute la Bretagne. Il décore également bars, restaurants. Sa première exposition personnelle a lieu à la mairie de Morlaix, en 1953.

A 22 ans, il part à Paris sur le scooter qu'il vient d'acquérir. Il se rend directement sur la Butte de Montmartre dans l'idée de pouvoir y rencontrer des artistes et enfin parler d'art. Mais une grande déception l'attend, l'aspect commercial y est prépondérant. Après quelques temps passés à peindre des maquettes publicitaires sur les bateaux mouches, il se décide un jour à déposer timidement ses tableaux dans un coin de la Galerie Couriot au 42 rue du Chevalier de La Barre et repart sans dire un mot.
Lorsqu'il revient, il découvre que tous ses tableaux ont été vendus et que l'on recherche l'artiste. Le marchand lui propose alors de partir en Corrèze pour préparer une exposition. La vendeuse de la Galerie lui fait rencontrer Jean Billon. Patachou le presse de venir parler de son travail à la télévision.

En 1954, il loge à l'Hôtel Roma, rue Caulaincourt dans l'atelier qui fut également celui de Georges Braque.
De 1955 à 1976, les affaires culturelles de la ville de Paris lui octroient un atelier à La Celle Saint Cloud. Il partage sa vie entre Paris et la Bretagne. René Kérob se charge de diffuser ses créations et de l'inscrire aux salons. Pierre Diner expose ses œuvres tour à tour chez Patachou ; à la galerie Davis, place Vendôme ; à la Galerie Guillet, avenue Trudaine. Il expose également dans les salons officiels Grand Palais Indépendants, Artistes Français… C'est une période durant laquelle il peint, s'instruit et découvre les nuits parisiennes, le Cheval d'Or, l'Olympia dont il pénètre les coulisses pour réaliser des croquis. Ses tableaux trouvent acquéreurs aussi bien aux États-Unis qu'en Allemagne et au Japon.

En 1972 pendant son séjour en Andalousie, il réalise des croquis abstraits, teste de nouvelles compositions et continue de produire des tableaux pour les galeries.

En 1975, René Martin, entrepreneur connu dans le milieu parisien, invite le peintre à exposer à l'American Legion. Paris lui réussit mais néanmoins il décide de retourner en Bretagne pour devenir son propre mécène. Il ouvre le bar cabaret “chez Bénédicte” à Tréguennec, nous sommes en 1977. Jument, chèvre, truie, oies se baladent en toute liberté dans ce lieu festif et convivial. France Armorique, radio locale, entreprend de faire connaître l'endroit. France Culture, dans son émission « nuits magnétiques » leur consacre un reportage entier de trois heures. Tous les styles de musiques y sont représentés : blues, rock français, anglais, jazz-rock allemand, folk irlandais, chansons… A l'étage, où se trouve l'atelier, Pierre Diner compose une série de peintures sur les fest-noz, sur l'ambiance du bar, réalise des portraits ainsi que quelques commandes de clients. L'aventure se termine en 1981, par la fermeture du bar, faute de licence valide.

En 1984 il reçoit le prix Marius Barthalot au salon des Artistes Français et expose également au salon des Indépendants.

En 1985, Pierre Diner installe son atelier route de Plogastel-Saint-Germain à Plonéour-Lanvern. Pierre imagine avec son fils Pascal la création de cartes postales sonores, la série de la ville d'Ys prend forme dans l'ambiance auditive d'un port de pêche.

En 1986, il intervient dans les émissions de Loeiz Guillamot à RBO, se lance dans les interviews dont ceux de Pierre Restany critique d'art, Michel Pagnoux directeur des Beaux-Arts de Quimper. Il a également le projet de créer des cassettes d'initiation à l'histoire de l'art. Les peintures de la ville d'Ys prennent de l'ampleur. Les courbes de Dahut s'affranchissent des limites du corps, de savoureux rois Gradlon font leur apparition.

Dans les débuts 1990, installé à Pont-Croix, il expose alors à la galerie Saint-Guénolé à Concarneau. C'est désormais Luc Debarbieux, un de ses collectionneurs venu du nord de la France, qui lui fait reprendre le chemin des galeries…
En 1994, Pierre revient sur Tréguennec et y loue une petite maison isolée, il s'imprègne des alentours, peint la série de l'étang de Trunvel situé à proximité.

En 1995, René Guiriec organise une rétrospective de ses 40 années de peinture, à la maison de la Baie d'Audierne. C'est un succès.

Des soucis de santé l'obligent au repos en 1999, il a alors 67 ans. Pendant quelques mois, il s'arrête de créer mais dans son petit appartement pont-l'abbiste, les pinceaux ne sont jamais vraiment absents. La présence de Picasso, de statuettes d'art premier, de dessins d'enfants, de cartes postales, d'étiquettes diverses et variées inondent les murs. Impossible d'arrêter, l'art est là dans sa tête et tout autour, son atelier finit par ressembler à une vaste installation murale, sur laquelle tout se mélange se mêle, les croquis, les tableaux, les photos de sa petite fille et de ses arrières petits-enfants, ses tickets de caisse, Matisse, une palette, des citations, des affiches, tout est vivant.

En 2010, la Galerie Rouge à Pont-l'Abbé l'invite à une résidence, son atelier est entièrement déménagé, l'artiste accueille le public et raconte son parcours à des visiteurs ravis de partager ses confidences, ses anecdotes, sa passion intacte pour l'art. Aujourd'hui âgé de 79 ans, Pierre Diner continue de peindre dans sa petite maison de Plonéour-Lanvern.

Pratique :
Place de la Mairie, Plonéour-Lanvern
Tous les jours de 10 h à 12 h 30 et de 15 h 30 à 19 h.
Entrée libre. ■


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