Les odeurs de ma Bretagne

Présentation de livre publié le 31/07/22 19:17 dans Littérature par Philippe Argouarch pour ABP
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Chez Géorama. Prix 14 euros. 245 pages

Ce dernier livre de Roger Faligot est un voyage inédit dans le monde olfactif de la Bretagne, des temps les plus anciens jusqu’à nos jours, à la campagne comme à la ville, en Armor comme en Argoat.

Son récit alterne entre la poésie (y compris en breton) et la littérature des plus grands écrivains, de passage en Bretagne, comme George Sand, Victor Hugo ou Zola. Il cite aussi : études scientifiques, innovations de start-up qui inventent des filtres à mauvaises odeurs, et documents historiques. Le livre débute avec les jeunes années de Roger Faligot, à Piriac, du côté de Guérande, où tant de souvenirs olfactifs du littoral breton ont bercé les étés de l'auteur.

Are mor ou le pays devant la mer

La Bretagne c'est aujourd'hui des odeurs de la mer, des marées toujours recommencées avec toutes ces odeurs iodées (mais l'iode est inodore). Le vent d'ouest dominant apporte des odeurs d'algues mêlées aux senteurs de la résine des pins sur l'ensemble de la Bretagne. Les parfumeurs ont fini par mettre ces envies de fraîcheur en flacons. Le littoral breton est aujourd'hui un parfum prisé sauf bien sûr où il y a des algues vertes !

Et puis l'été, avec l'arrivée de centaines de milliers de touristes sur le littoral, ce sont, le soir, les odeurs de cuisine qui émanent de centaines de restaurants et de crêperies voire de fish&chips. Pour presque tous, ça sent bon ! Ah l'odeur de galettes de blé noir beurrées !

Les odeurs des lieux de travail

Historiquement, ce qui a frappé les voyageurs lors de voyages en Bretagne, souvent des écrivains, ce sont les odeurs issues des activités humaines. Les Gallo-romains avaient le garum aux odeurs extrêmement fortes, aussi fortes que la sauce au poisson des Vietnamiens. Ça empestait des villes côtières des Osismes.

Au XVIIIe siècle, Jacques Cambry dans son Voyage dans le Finistère, ou État de ce département en 1794 et 1795 a peint un tableau des campagnes bretonnes des plus noirs que nous connaissons tous. Il y décrit les odeurs nauséabondes des fermes bretonnes où les habitants partagent leur maison ou leur penn-ti avec les animaux, juste séparés par une cloison. Ce portrait incomplet est injuste, car juste à côté de chaque hameau se trouvait une chapelle d'une propreté scintillante et où se mêlaient odeurs de rose, d'encens et de cire fondue. Une odeur de sainteté.

Au XIXe siècle sont arrivées les conserveries de sardines et de thon qui ont embaumé en saison des villes comme Douarnenez où l'on a compté jusqu'à 23 usines. A l'est, ce sont les tanneries comme en Ille-et-Vilaine qui empestaient des villes comme Vitré.

Le dérèglement olfactif

Les odeurs de mazout suite au naufrage de l'Amoco Cadiz en 1978 se sont répandues en Bretagne jusqu'aux sommets des Monts d'Arrée. Récemment, l'odeur de brûlé des incendies de la Gironde est remonté jusqu'à Nantes et même plus haut. La démesure a aussi atteint l'olfactif à l'échelle de la dimension industrielle qui a fini par aussi atteindre la Bretagne. Les algues vertes qui empestent certaines plages ne sont que la conséquence de l'agriculture industrielle. L'auteur n'oublie pas la pandémie du COVID-19 avec des effets de destructions des fonctions olfactives à plus ou moins long terme.

L'auteur

Roger Faligot est un journaliste et écrivain breton érudit prolifique. Il est l'auteur d'une cinquantaine de romans, de biographies et d'essais. Environ 3000 livres sont publiés tous les ans en Bretagne (chiffre de 2010), tous ne sont pas bien écrits. Roger Faligot, lui, écrit remarquablement bien. C'est un plaisir de le lire. Si vous avez la chance de pouvoir aller sur la plage cette année, c'est un livre à emporter avec vous.


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