Glottophobie et autres discriminations linguistiques en France : Michel Feltin-Palas fait le point

Dépêche publié le 9/10/19 10:30 dans Langues de Bretagne par Philippe Argouarch pour ABP
Michel Feltin-Palas
Michel Feltin-Palas sur France 3

Rédacteur en chef à l'Express et grand défenseur de la diversité linguistique en France, Michel Feltin-Palas était l'invité sur France 3 Paris Île-de-France dans l'émission Ensemble c'est mieux. Un débat passionnant et pour une fois dépassionné, mais révélateur, de par les réflexions formatées ou l'ironie déplacée du modérateur de l'émission, du long chemin qui reste à parcourir en France.

Tout le monde a un accent. Il suffit de parler pour avoir un accent. Dès que vous parlez, vous avez un accent. Les seules qui n'ont pas d'accent sont les personnes sourdes et muettes. Ce qui est formidable en France, c'est qu'il y a des gens qui ont réussi l'exploit de dire que eux parlaient sans accent. C'est comme si un Européen disait à un Noir 'moi j'ai pas de couleur de peau, mais toi tu en as une' __Michel Feltin Palas

Il faut faire une différence entre une langue commune et une langue unique. Le problème de la France c'est qu'on arrive à une langue unique. 80 à 90% des Français à l'époque de la Révolution parlaient une langue autre que le français alors qu'aujourd'hui le taux actuel est de 2%. À la fin du siècle, si rien ne change, toutes ces langues auront disparu. Toutes, en métropoles. Donc on voit bien qu'on n'en est pas à la langue commune mais à la langue unique [....] La langue d'un individu, l'accent d'un individu c'est un élément fondamental de l'identité, de la construction personnelle. C'est aussi important que le visage ou que le nom de famille__Michel Feltin Palas


Vos commentaires :
Burban xavier
Vendredi 18 octobre 2019
Vincent dans son expression est le parfait résumé des Français(e )s qui ont intégrés le fait qu'une minorité centrée et bourgeoise qui a imposée leur économie , leur langue , leur pouvoir politique devenu dominant par la force , la loi , le régime(en 1789) au plus grand nombre pour fonder un concept de nation française qui a toujours été profondément nationaliste et in tolérante , là il confonds citoyenneté française (commune ) et nationalité (ex alsacien ) qui a d'ailleurs le tort de parler un "langage germanique" (teuton pour les pourfendeurs de cette langue) donc le français devenu langue(bas latin pour les puristes ) est supérieur à toutes les autres langues , de surcroit Vincent n'a pas compris que le français est minoritaire au Canada 20°/° de locuteurs face à l'anglais , mais là Vincent n'est plus d'accord avec Michel car le français doit etre défendu "car c'est normal" de son point de vue (je le comprends le français ne cesse de reculer au Québec sur 8, 5 millions de personnes vivant au Québec 1, 7 millions s'expriment désormais en anglais et ce nombre augmente invariablement soit 21°/° des québecois .... En Suisse le français recule hélas 23°/° des suisses en comptant (les portugais et les immigré(e)s francophones venus essentiellement d'Afrique sinon la situation serait bien pire 17°/° des suisses , dans le Valais canton suisse sud ouest 35°/° des Valaisans sont germanophones et se nombre croit , les Italophones sont passés de 13,5°/° à 8, 5°/° en 60 ans le canton du Tessin essentiellement . Les germanophones + les Walsers sont 65,6°/° en 2017 .... contre 61,3°/° en 1980 .... Il n'y a que dans le Jura bernois dont le nombre de francophone s'élève , le Jura est un canton récent , il ne subsiste que quelques communes germanophones ....

Vincent est plein de préjugés inculqués par l'éducation ambiante et franchouillarde , le centre du monde c'est Paris , ville des Lumières , du savoir et de la culture .... Certains diront alors que les langues régionales (nationales) doivent disparaitre pour le salut de la nation(centrale) et sa sauvegarde . Il est bon de rappeler que les français représentent 0, 77 °/° de la population mondiale en 2o18 : c'est à dire une minorité au plan internationale , la francophonie est là : l'Afrique surtout en croissance démographique qui assure le développement du français , mais la tendance est au retour des langues africaines(au détriment de l'anglais ) ex Swahili à l'est (Tanzanie , Ouganda et Kenya ) mais aussi en Afrique de l'Ouest (le peul ) ....
Ne pas préserver une langue minoritaire c'est admettre que demain que la diversité culturelle tombera y compris en Europe !


Stéphane C
Vendredi 18 octobre 2019
Exposé très intéressant de monsieur Michel Feltin-Palas mais je rajouterais un aspects pervers à glosophobie. La honte de l'accent a finalement tellement imprégné les esprits que même ceux qui sont partis à la reconquête de leur langue et que l'on appelle les « néo-bretonnants » parlent, pour la plupart d'entre eux mais pas tous heureusement, breton avec un accent français. C'est d'autant plus dommageable que cela gène la compréhension intergénérationnelle, plus fortement je pense qu'une question de registre de vocabulaire ou d’orthodoxie grammaticale. L'accentuation de la langue bretonne est son essence même.

P. Argouarch
Vendredi 18 octobre 2019
@Stephane: Ne pas accepter, ou se moquer des brittophones qui parlent breton avec un accent français est aussi de la glottophobie.

krys44
Vendredi 18 octobre 2019
On peut remercier pour ce brillant exposé , Monsieur Michel Feltin-Palas .
Il existe de nombreux accents dans toutes les langues , et les dialectes et non "patois" comme dit par une des personnes présentes sur ce plateau , ont une grande importance .
Parler anglais ou une autre langue avec un très fort accent français peut empêcher la compréhension de la part d'un "native speaker" .
De même qu'un non francophone peut devenir incompréhensible à un francophone s'il parle avec un trop fort accent ...
La prononciation et l'accent tonique ... font partie de ce qui est noté pour les étudiants en langues .
Le souci étant que pour le breton (je ne sais pas ce qu'il en est des autres langues régionales) , on se permet tout et n'importe quoi , sans la moindre conscience du phénomène linguistique .
J'ai eu l'occasion d'en parler avec un enseignant gallois qui se plaignait du même problème !
Il ne faudrait pas que ça devienne décourageant pour les apprenants mais je pense à une prof d'allemand , universitaire en linguistique , qui nous disait :" Ils me disent qu'ils comprennent mieux l'anglais parlé par les Danois , les allemands , les ... Il est tout de même préférable de comprendre l'anglais parlé par les anglophones !"
Le problème étant d'y penser dès le début et pour cela il est possible d'écouter les vidéos : Voir le site
On forme ou déforme l'oreille et surtout celle des enfants !

Atlantique et en Ille et Vilaine.
Vendredi 18 octobre 2019
Interdire à une personne de parler sa langue maternelle est une mutilation et un handicap; si en plus on y ajoute l'humiliation on y rajoute les malédictions de la soumission entre dominant et dominé. Les "sots Bretons" qui parlent Gallo, une langue issue du Gaulois et du Latin-Romain antérieur à la langue française, ont parfois voulu apprendre le Breton, et dans les pays de Rance il a été parlé jusqu'au 12ème-13ème S. Donc j'ai appris le breton et je le parle avec un accent qui n'est plus celui des anciens et d'ailleurs il y a 3 ou 4 variantes de breton en Bretagne : Trégor, Bigouden, Vannetais etc. résultat d'une longue histoire. J'ai appris le Breton avec mes filles. J'ai commencé à 40 ans j'ai appris et oublié à plusieurs reprises PARCEQUE PERSONNE EN BRETAGNE NE LE PARLE PAS EN ASSEZ GRAND NOMBRE POUR CRÉER UN SUBSTRAT FAVORABLE À L'APPRENTISSAGE, ni dans le Finistère, ni dans le Morbihan, ni dans les Côtes d'Armor et encore moins en Loire Atlantique et en Ille Vilaine. Mes filles et mes petits enfants, eux, sont bilingues (Merci Diwan). Sans doute que leur accent n'est pas "le BON"! Aurait-il fallu pour autant rester seulement francophone et mal installé dans sa peau bretonne? Je résiste à la colère qui monte en moi lorsque j'entends les bretonnants pur jus stygmatiser nos efforts faits sur 3 générations pour parvenir à pratiquer LES langues bretonnes. A galon memestra. Colette Trublet.

Rafig
Vendredi 18 octobre 2019
Excellent !
tout est dit, que des évidences quant on est breton, basque ou toulousain ...
De la moquerie à la destruction des langues.

Le présentateur à du mal à se départir de la propagande de la république française.

D’ailleurs, je vous invite à aller sur Arte TV et regarder "histoire de la propagande"


Pierre-jean cosquer
Vendredi 18 octobre 2019
Colette Trublet ... Je suis bigouden et je vous comprends parfaitement... Et vous avez raison pour la bonne et simple raison qu'il y a eu une véritable coupure effectuée sur la langue bretonne par nos parents, c'est-à-dire hier ( des personnes né vers 1930 plus ou moins) parents vers 1950. Certains heureusement on su résister mais en gros Ils sont plus de la moitié d'entre eux qui ont fait ce choix... Les circonstances sont multiples et il n'est pas question de leur jeter la pierre sauf sur un plan il me semble: celui du "discours officiel français" auquel nos parents ont cru ou bien qu'ils ont admis sans le remettre en cause... Ils l'ont élu au rang de "discours moral" bon gré malgré et cela est une lourde erreur...C'est à mon avis là le gros problème... A leurs décharge l'absence de référence que nous avons nous aujourd'hui en ce qui concerne les langues et ce qu'elles représentent. Notamment le fait qu'elles sont un marqueur d'identité et qu'elle démontre qu'il existe bel et bien des peuples en France ... c'est d'ailleurs à mon avis la force d'une langue sur le plan du droit international mais aussi sa faiblesse par rapport à l'idéologie française ( Une langue= un peuple, en France ce n'est pas possible ... Mais la France d'aujourd'hui n'est pas possible elle non plus. Alors?)... Les Bretonnants purs jus comme vous dites sont effectivement de vilains accusateurs alors qu'ils font partis plus ou moins de la génération qui à permis cette coupure... Certains diront même saboté...Personnellement, je connais peu de personne ayant appris le Breton sans essayer de coller au maximum à l'accent du breton familiale ( tro dro an ti ma c'hallan lâret). Il y a donc une "diglossie" entre les nouveaux bretonnants et l'ancienne génération... je pense que les jeunes sont tournés vers l'avenir sans avoir tourné le dos aux anciens... Ce sont les anciens qui ont tourné le dos à leur devoir de transmission hélas... je crois que les jeunes bretonnants ont confiance en l'avenir. Pour finir je dirais que la troisième génération à été punis trois fois. La première elle est sans sa langue légitime ( racines identitaire plus ou moins perdues et ou fortement mise en danger) La seconde est l'effort +++++ qu'il, faut faire pour apprendre. Et la troisième punition est le fait des moqueries sur l'accent que l'on possède peu ou pas; accent qui ne sonne pas dans les livres...ces livres qui nous servent de père ou de mère... pour cause de mutisme des anciens...

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