Mépris quand tu nous tiens!

Chronique publié le 11/07/19 9:54 dans Société par Francois Labbé pour ABP

Le banc des autostppeurs et l'abri-bibliothèque, l'équipe des citoyens d'Istein-Efringen-Kirchen

Mépris quand tu nous tiens !

Par François Labbé

Il est un phénomène étrange qui tendrait à prouver que depuis le fameux appel du marquis de Sade : « Français, encore un effort si vous voulez être républicains », on n’ait guère fait de progrès sur ce plan.
L’effort attend toujours !
J’habite en Allemagne, suis assez actif sur le plan communal et régional. Je puis témoigner que, quand on pose une question à un élu, il s’efforce d’y répondre, voire de vous rencontrer. En France, c’est souvent bien différent et cela explique aussi pour une part l’impatience des citoyens de base à qui on demande tous les cinq ans un bulletin de vote et le silence entre deux tours : « Donnez-nous votre blanc-seing, on s’occupe du reste » !
J’habite une partie de l’année à Carantec. Les services de transports collectifs sont ce qu’ils sont, comme partout : nécessaires, mais pas assez fréquents pour vraiment satisfaire. Comme partout, car en Allemagne, c’est la même chose. Cependant, les municipalités, poussées par les citoyens, y acceptent les conseils, sont ouvertes aux idées.
Ainsi, dans mon coin du pays de Bade, plusieurs petites villes et villages ont mis en place un service d’auto-stop officialisé.
A la demande d’habitants, les communes ont accordé un emplacement et quelques fonds pour installer (travail de bénévoles) un abri, un banc et un panneau signalant aux automobilistes de passage que la personne assise sur ce banc ou attendant sous l’abri désire se rendre dans le village ou la ville la plus proche. Pas de signe à faire, pas de pouce à lever : l’automobiliste sait que la ou les personnes qui se trouvent à cet emplacement marqué attendent qu’un véhicule s’arrête pour les emmener. Bien entendu, le même dispositif se retrouve dans l’autre agglomération, pour le retour.
Par exemple :
Dans ma petite ville (Efringen-Kirchen, environ 7000 habitants sur un regroupement de 8 villages), dans un de ces villages, des habitants viennent de mettre en place un « mitfahrbänkli » (un banc pour ceux qui veulent faire du stop). Ils ont construit un abri en bois (très esthétique), obtenu quatre sièges en métal (neufs et de bonne qualité) et récupéré une vieille cabine téléphonique qu’ils ont repeinte et installé en bibliothèque libre (pour meubler les attentes !) Coût total du matériel : 2000 euros !
Le système fonctionne parfaitement, il y a toujours des voitures et toujours au moins une place ou deux de libre !

J’ai soumis par un courrier un tel projet à la municipalité de Carantec, il y a 6 mois. N’ayant pas eu de réponse, j’ai renouvelé ma proposition. Toujours rien. Il n’y aura jamais rien. Mes idées n’intéressent pas les élus. Il n’est même pas besoin de le dire. Fi la piétaille !
Il s’agit là d’une anecdote, mais cela me rappelle que dans ma vie de fonctionnaire, j’ai eu à gérer un lycée franco-allemand à Fribourg. J’ai pu constater la différence de traitement de mon collègue allemand (nous travaillions en tandem) et de moi-même par nos administrations respective. Pour lui, dialogue et coopération allaient de soi ; pour moi, je recevais mes ukases de Paris et il n’y avait pas à discuter mais à appliquer ce que des gens qui n’avaient jamais mis les pieds en Allemagne décidaient au nom du vieux principe dont se moque l’auteur des Lettres Persanes : « Comment peut-on être Persan ? ». J’ajouterais : « et celui du caporal Godillot : tais-toi et marche ! »
Il est vrai qu’un « fonctionnaire » est fait pour fonctionner, pas pour penser.
Ah ! Mépris ! Quand tu nous tiens ! ■


Vos commentaires :

Écrire un commentaire :

Combien font 0 multiplié par 6 ?
Note : Ce lieu est un lieu de débat. Les attaques personnelles ne sont pas autorisées. Le trolling est interdit. Les lois contre le racisme, le sexisme, et la diffamation doivent être respectées.