Les Gilets jaunes sont la réponse au centralisme

Chronique publié le 5/01/19 20:32 dans Politique par Philippe Argouarch pour ABP

Le centralisme français, s'est traduit par le développement disproportionné d'une région, une seule, la région parisienne, aux dépens du reste de la France (et autrefois de ses colonies). Cette fracture territoriale est à l'origine de l'injustice fiscale qui a déclenché le mouvement des Gilets jaunes. La révolution avait instauré l'égalité devant l'impôt mais aucune égalité vis-à-vis des dépenses de ces impôts. Paradoxe : Malgré une protection sociale qui est devenue la plus chère au monde (175 milliards) , l'injustice fiscale est devenue de plus en plus criarde avec l'appauvrissement général. Même la présidente de la région Ile-de-France le reconnait. Dans son interview donnée au JDD le 6 janvier elle admet "Il faut qu'Emmanuel Macron rompe avec la technostructure jacobine qu'il a mise en place, reparte du terrain et lance un grand mouvement de décentralisation. Qu'il accepte de déléguer une partie de son pouvoir à des élus qui l'exerceront mieux, au plus près des Français".

Le pouvoir n'est jamais abandonné sans une épreuve de force. Macron et les privilégiés qu'il représente ne veulent pas partager le pouvoir. Ils veulent bien de la République mais pas de la démocratie. Les RICs Vous imaginez ? une commune qui refuse une centrale nucléaire ? une région qui veut délimiter son territoire ? un département qui veut devenir bilingue ? Une nouvelle taxe sur les carburants refusée ? Pour En Marche, le parti au pouvoir, la démocratie directe c'est l'anarchie, mais en fait c'est la "démocratie en marche" et la seule qui puisse "marcher" en France comme ailleurs. Il ne s'agit pas de rejeter le parlementarisme mais de le faire évoluer. Les parlementaires pouvant eux-mêmes appeler à des RIPs (référendum d'initiative parlementaire).

Pour en finir avec l'insurrection c'est pourtant très simple, il suffit de mettre les réformes institutionnelles en priorité dans l'agenda du gouvernement afin d'installer une vraie démocratie. Installer la proportionnelle (le système allemand), réduire le nombre des parlementaires et leurs avantages scandaleux; élire des élus pour deux ans seulement comme aux USA; reconnaître le vote blanc, supprimer les préfectures et transférer leur pouvoir et leurs services vers les Conseils régionaux et les mairies; installer les RiCs et les RIPs (système californien), revoir la réforme territoriale de 2014; réformer le sénat avec deux sénateurs par région (système américain et allemand). Limiter les présidences à quatre ans et faire coïncider présidentielles et législatives sauf pour le mi-mandat. C'est beaucoup ? Sans doute, mais c'est le prix de la stabilité politique et l'économie souffrira bien plus si ces reformes ne sont pas faites. Des milliards ont déjà été perdus.

Cela devra sans doute passer par la dissolution de l'Assemblée nationale mais le problème de la représentation doit être réglé avant la dissolution, par referendum si nécessaire car l'Assemblée nationale ne se réformera pas d'elle-même. ■


Vos commentaires :
Jean Cévaër
Vendredi 22 mars 2019
Parfaitement d'accord avec toi Philippe.
En espérant que ce commentaire passera. Jean Cévaër

Jakez Lhéritier
Vendredi 22 mars 2019
Bien satisfait de voir ta position sur certaines revendications des Gilets jaunes et sur la suppression des préfectures et sous préfectures réclamées déjà dans les années 1970.et que j'ai rappelé au GJ de St Nazer.
Un de mes fils, contacté pour être candidat maire en 2014,avait refusé pour deux raisons majeures:
La tutelle des Préfets et le manque de Statut protégeant les élus venant du secteur privé.

Je suis étonné que les organisations Bretonnes ne fassent pas d'actions en janvier sur le RIC et la Réunification (Pétition des 105 OOO)?

Les 18 et 19 Janvier ;à Rennes au couvent des Jacobins Assises "Nationales" citoyennes organisée s par la Bretagne Croupion ,e 35,Banque,Mutuelle,
Etre présents aux entrées et dans les salles.


patrick Malrieu
Vendredi 22 mars 2019
Bien vu Philippe !
Merci

Sénant Michel
Vendredi 22 mars 2019
Dans les commentaires, slogans et interviews des gilets jaunes en avez-vous vus qui réclament la décentralisation ? Plus de pouvoirs aux régions ? Au contraire j'ai l'impression qu'on attend encore plus d'un État égalisateur la réponse aux problèmes essentiellement économiques qui sont à la source principale du mécontentement.

P. Argouach
Vendredi 22 mars 2019
@Michel Sénant : Je n'ai jamais écrit que la décentralisation était une demande des Gilets jaunes mais que le centralisme ou le jacobinisme, c'est à dire les décisions unilatérale du pouvoir parisien avait causé une fracture fiscale et une fracture des dépenses, entre les territoires. Ces fractures ont créé les Gilets jaunes par réaction d'autant plus qu'elles ne sont pas uniquement fiscales mais accompagnées d'un mépris qui dure depuis des siècles. Par contre les RICS, une fois installés dans toutes les collectivités (communes, départements, régions et même hexagone), seront un facteur de décentralisation du pouvoir de décision absolument gigantesque. Pour info les RICs sont demandés par 80% des Français et perso je les demande depuis mon retour de Californie en 2001.

Yann Vleiz Kunv
Vendredi 22 mars 2019
Oui tout cela est judicieux; mais la pathologie jacobine rend sourd et aveugle ses élus face à la raison démocratique... Ils iront jusqu'au bout de leur délire et de notre cauchemar, et cela finira dans un grand désordre où ils mettront sans doute les genoux à terre, le jacobins ne connaissant que la la loi du plus fort... Ensuite il faudra que le nouveau système soit fédéraliste, car sinon, sous de belles couleurs démocratiques, rien ne changera encore pour nous les Bretons.. Le faire comprendre à tous les Bretons devient vital...

Yannig Le Doujet
Vendredi 22 mars 2019
Vous écrivez : Ils (Macron et les privilégiés) veulent bien de la république mais pas de la démocratie.
Mais de plus en plus ces jours-ci, sur les radios françaises, on assimile la république à la démocratie !
Big brother is watching to them

Alain E. VALLÉE
Vendredi 22 mars 2019
Car le véritable problème du pays est le Jacobinisme, il est grand temps de relire et faire lire : " Théorie du jacobinisme " de François FURET, soit le Chapitre 3 de la Partie II de son ouvrage fondamental : " Penser la Révolution française" (Folio - Histoire / Gallimard - 1978) et très particulièrement à partir de la page 271.
Sauf à devenir malheureusement le modèle Européen, le Jacobinisme constitue deux écueils. Il est incompatible avec l'organisation fédérale de l'UE et il persisterait à plomber une organisation du pays devenue fédérale ou décentralisée.
Il peut être utile de s'inspirer des institutions de certaines fédérations (RFA, USA, Suisse, ...). Mais il faut certainement éviter de placer les élus sous la permanente suspicion et inquisition des électeurs et ce d'autant qu'il existe des lois à éventuellement renforcer et tribunaux pour exercer l'indispensable contrôle indépendant. L'oxymore Tribunaux révolutionnaires n'exerçait pas la Justice mais la haine, la vengeance, la revanche.
La confiance est un des meilleurs ingrédients de la démocratie. La continuité des politiques à mener est peu compatible avec une remise en cause permanente des Majorités politiques élues.
Sans faire de la psychanalyse de première année, il est tout de même assez tentant de se demander si certaines revendications ne caractériseraient pas un sérieux problème par rapport à la fonction paternelle, sinon parentale.
Maintenir l'élection du Pt au suffrage universel direct en coïncidence avec les Législatives dans un système fédéral ou composé d'autonomies serait une contradiction. Ce sont précisément celles-ci qui doivent le faire. Ce serait au Congrès (Sénat ayant fonction de Bundesrat et Assemblée nationale) réuni à Versailles de désigner pour sept ans un Pt sans pouvoirs gouvernementaux. Pour revenir à la Démocratie parlementaire, il faut bannir l'actuelle confusion entre Etat et Gouvernement qui est bien avec l'hyper-centralisation, la cause de l'impasse institutionnelle du régime constitutionnel en vigueur.
AV

Philippe Argouarch
Vendredi 22 mars 2019
@Vallée
Vous êtes sûr du titre ? Théorie du jacobinisme " de François FURET, je ne trouve ce livre nul part, amazon ou autre....

Alain E. VALLÉE
Vendredi 22 mars 2019
J'ai bien écrit : " Théorie du jacobinisme " de François FURET, soit le Chapitre 3 de la Partie II de son ouvrage fondamental : " Penser la Révolution française" (Folio - Histoire / Gallimard - 1978)
Il faut chercher dans "Penser la Révolution française" en préférant les bases de données européennes.
AV

Pierre Robes
Vendredi 22 mars 2019
"le problème de la représentation doit être réglé avant la dissolution, par referendum si nécessaire .."

En effet le problème c'est la non représentation (puisque les députés non plus de mandats impératifs depuis 1789, les jacobins centralisateurs avaient compris que le problème, notamment Breton, c'était le mandat impératif, qui était démocratique puisqu'il imposait au député le respect des volontés de ses mandants.)

selon Bruno Lemaire (ministre, diplômé de quoi ? ...) « on attaque la démocratie , c’est la démocratie qui est attaquée « interview TV de Cnews Dimanche . Ce ministre, comme d’autres, qui répète Démocratie, démocratie ... confond La République (qui serait attaquée) et la démocratie qui n’existe pas en France pas plus que dans la majorité des pays à travers le monde (surtout dans les anciennes colonies françaises où c’est des élites françaises qui ont composés les Constitutions de ces Pays sur le modèle jacobin, centralisateur français et non démocratique dont on voit les conséquences)
Voir le site

Donc La République Française n’est pas une démocratie : « c’est un régime à part » (1)
Le fait d’être en République n’indique pas du tout que l’on est en démocratie. On parle uniquement de la définition du type de l’État (Monarchie, République .. etc) c’est à dire que l’État va s’occuper de la Chose publique (res publica, en latin) et non pas du système mis en place.
Après il y a la forme de l’État exemples : parlementaire, présidentiel, fédéral …etc (mais cela n’indique toujours pas que l’on est en démocratie ; pas plus le fait de l’indiquer dans l’intitulé, comme par exemple République Démocratique du Congo )
Le seul et unique fait de la Démocratie est la convocation du peuple à écrire la Loi, donc à la voter directement (et non pas des représentants* qui le font à leur place), à en débattre, à la modifier (idem pour la Constitution écrite par le Peuple) et à faire tout ce qui concerne la chose publique.
Un Royaume avec un Roi (ou une Reine) pourrait très bien être démocratique s’il respecte ces conditions, et une République (1) comme la France, ne pas être démocratique, puisqu’elle ne respecte pas les conditions ci-dessus. Lorsque le pouvoir refuse d’accéder aux demandes du peuple, il est considéré comme tyrannique, car c’est (uniquement) le peuple qui est sensé lui avoir confié ce pouvoir d’exécuter la demande du peuple. (l’élu quel qu’il soit, maire, député, même un Président, est uniquement un petit exécutant, il n’a pas le pouvoir de décider en place du peuple une chose ou un acte que le peuple ne lui a pas confié.)

* car lorsque vous confiez votre voix à un élu, vous êtes dépossédés du pouvoir du peuple de décider par vous même (donc de la démocratie – Démos/Peuple et cratie/pouvoir).

(1) Anne Levade (constitutionnaliste) selon elle, la République Française « c’est un régime à part » qui n’est pas vraiment parlementaire (il en a seulement le goût), « c’est un régime présidentiel » ou le peuple élit un monarque (avec des députés godillots depuis 1958, comme ceux de Macron). « Il y a un excès de pouvoir de la fonction présidentielle » selon Jean Garrigues, Historien (émission LCP , documentaire sur la Ve Constitution française et débat)


Brocélbreizh
Vendredi 22 mars 2019
Ils sont une réaction épidermique citoyenne du centralisme et de l'indigence de ces dernières décennies. Ils ne scandent aucun nom parmi les opposants jacobin. La récupération politique de ceux qui condamnent la violence avec le sourire est écœurante. Le fédéralisme est la réponse.

Loïc.L
Vendredi 22 mars 2019
@ Brocelbreizh
Oui effectivement le fédéralisme est la réponse, la seule; à la fois pour avoir plus de démocratie (justice sociale), et pour améliorer les problèmes economiques.
Les politiques avaient décidé il y a quelques décennies que l'avenir économique n'était plus l'industrie, mais les services. Résultat: la part de l'industrie dans l'économie s'est terriblement réduite parce qu'il n'y a eu aucune volonté d'adapter la législation aux transformations, préférant investir notre impôt dans les services ; chômage, industries partis, dette.
Ou vivent, et ou travaillent ceux qui ont décidé cela: à Paris bien sûr. Et ils ne s'alertaient pas beaucoup, du moins pas d'action, des fermetures d'usines, puisque c'était le prix à payer nos pour passer aux services. À Paris, il n'y a pas d'industrie - des siges sociaux. Donc l'économie de Paris et basée sur les services ( évidemment, certains trouveront un contre exemple, mais les usines aéronautiques, automobiles, et autres sont évidemment ailleurs qu'à Paris). Pour montrer le décalage de ces politiques parisiens, lorsqu'une usine ferme dans une commune, le maire s'est toujours alerté de cela en tentant tout ce qu'il peut pour évité cela. Aussi, le maillage économique n'est pas égal, et une entreprise qui ferme n'a pas les mêmes impacts lorsque le tissu économique et plus faible. à Paris, le tissu est dense, on ne peut certainement pas raisonner avec les mêmes règles. Cela, à Paris, ils s'en moquent éperdument.
Le fédéralisme et "vivre et décider sur place" sera vraiment l'avenir de chacun.

Jo Kergaden
Vendredi 22 mars 2019
Rédacteurs, contributeurs et lecteurs d'ABP, Pourquoi ne contribueriez vous pas à alimenter le débat des GJ, notamment au niveau de la dénonciation du centralisme jacobin français et en défendant la nécessaire horizontalité de l'organisation politique mais aussi l'indispensable réunification,
EN VOUS INSCRIVANT (individuellement, cela va sans dire car ils rejettent toute récupération par les partis ou mouvements politiques) comme follower sur les sites Facebook "Gilet Jaune" ou encore mieux, sur "Gilets jaunes Bretagne"?
Cela permettrait de faire prendre conscience des enjeux d'une démocratie délocalisée à des Bretons, si souvent critiqués pour leur inculture politique et inaction. C'est le moment d'être influenceur en participant à ce mouvement des GJ au lieu de rester dans l'entre soi et de grommeler en pataugeant dans notre bassine.
Saisissez cette opportunité pour toucher les gens!
Allez vers eux, enrichissez leur débat, éveillez les consciences!

Pierre Robes
Vendredi 22 mars 2019
@ Jo Kergaden

Bien sûr, mais rien ne vous empêche de copier les commentaires ou de reprendre les parties qui vous semblent logique et les diffuser vous même, avec vos propres mots. Il n'y a pas de copyright sur les idées, soit elles sont bonnes soit elles sont mauvaises pour les uns ou pour les autres.


Léon-Paul Creton
Vendredi 22 mars 2019
Il y a trois jours j'ai suggéré à Philippe Argouarc'h d'ouvrir un "cahier de doléances" sur ABP. L'idée mérite...sans aucun doute réflexion..

Pierre Robes
Vendredi 22 mars 2019
Une des revendications(avec 6 millions de chômeurs et 10 millions de pauvres) pourrait fort bien être le Revenu universel de base :

le Revenu universel n’est pas tombé du ciel, il était déjà préconisé dans Utopia par Thomas More en 1516 puis en 1797 par Thomas Paine ...

Voir le site


Kilroy
Vendredi 22 mars 2019
P. Argouarch. >>>"il suffit de mettre les réformes institutionnelles en priorité dans l'agenda du gouvernement afin d'installer une vraie démocratie. Installer la proportionnelle (le système allemand)",
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On va peut-être, effectivement, vers des élections anticipées, après dissolution de l'A.N. Certains commentateurs évoquent cette issue. Mais avec quelle loi électorale ? Si la loi électorale est modifiée (pour introduire la proportionnelle), il faut attendre un an pour de nouvelles élections. C'est du moins ce que j'ai entendu dire. Est-ce que c'est exact ? Quel serait le processus légal possible ?

Kilroy
Vendredi 22 mars 2019
En tout état de cause, le problème central, en République française, reste le centralisme.

Jacobins, Bonaparte, De Gaulle, le régime présidentiel se présente comme incontournable. et le régime parlementaire est largement discrédité en France, bien qu'il soit adopté par tous les pays limitrophes.
Cela ne fait même pas débat. Mélenchon, seul à critiquer le régime présidentiel dans son programme, se garde bien de sortir cet argument dans ses foucades à répétition.

A signaler, l'excellent petit essai de Thomas Legrand, bien méconnu : "Arrêtons d'élire des présidents !" Editions Stock, 2014.


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