Utilisation intensive du glyphosate en Bretagne

Chronique publié le 19/09/18 7:45 dans Bio & Santé par Philippe Argouarch pour ABP
photo pleinchamp.com

On utilise beaucoup de glyphosate en Bretagne, autant que dans les vignobles du Bordelais. Les Côtes d'Armor et surtout le Finistère font partie des 10 départements français qui consomment le plus de glyphosate. La Loire-Atlantique n'est pas en reste avec son important vignoble. Le glyphosate est un herbicide inventé par un chimiste suisse en 1950 et fabriqué par la firme américaine Monsanto. Monsanto fabriquait déjà l'agent orange , aussi un défoliant, utilisé pendant la guerre du Vietnam et qui a affecté les populations civiles et leurs descendances de terribles mal-formations. Toutefois le glyphosate s'est avéré une molécule miracle. Il a contribué largement à l'augmentation de la productivité et à la réduction des coûts, ainsi que de la pénibilité du travail en agriculture.

Les abeilles disparaissent-elles à cause du glyphosate ?

D'une part la Bretagne est une terre d'agriculture, et que d'autre part, l'herbe y pousse plus vite et plus drue qu'ailleurs. Même les Chinois avaient remarqué que chez nous l'herbe pousse toute l'année et ne jaunit pas. Les vaches y produisent beaucoup de lait. Les éleveurs sont contents, mais les céréaliers ou les producteurs de légumes et de légumineuses beaucoup moins.

Pour contrôler l'herbe, les agriculteurs, non-bio, aspergent leurs champs de glyphosate quelques temps avant les semailles. Les feuilles des végétaux que l'on veut faire disparaitre absorbent le défoliant et meurent. Les fleurs de printemps aussi. En fait toute la végétation disparaît. C'est un peu le retour aux brulis d'autrefois mais sans le feu. On cultive dorénavant sur des brulis chimiques. Même les plantations de sapins de Noel sont aspergées entre les rangs régulièrement pour éliminer l'herbe et les broussailles. Certains vergers ne sont pas épargnés. Deux tiers des agriculteurs utilisent du glyphosate selon la FDSEA du Finistère.

Le glyphosate, et aussi les pesticides neurotoxiques, seraient responsables de la mort de milliers de ruches. Le processus n'est pas encore clairement établi, il peut être lié à la disparition au printemps des plantes dont se nourrissent les abeilles et/ou à une intoxication lors du butinage. Le fait que l'on retrouve du glyphosate dans le miel est toutefois la preuve que les abeilles en consomment.


La dessication

Le glyphosate est utilisé comme herbicide, mais il est aussi utilisé depuis peu comme agent de dessiccation. Il s'agit de dessécher les récoltes pour récolter une ou deux semaines plus tôt et éliminer des plantes invasives comme les chardons ! Pratiqué aussi dans certains pays si l'été a été pourri. Cette pratique inventée en Écosse est autorisée en France et presque partout en Europe et en Amérique du Nord. A noter que la Coordination Rurale a demandé l'interdiction de la dessiccation (1).

Dangerosité

Le glyphosate est aussi utilisé sur les bas-côtés des routes et pour désherber les voies ferrées. Il passe aussi dans les cours d'eau, mais plus grave une partie se retrouve dans notre alimentation. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) via son agence du CIRC, a établi que le glyphosate était "probablement" cancérogène. Le mot "probablement" venant de l'OMS doit être lu comme "très probablement". En mars 2017, l'État de Californie a reconnu que le glyphosate était cancérogène. Le label "cancérogène" doit être écrit en grosses lettres sur les boîtes mais cette pratique n'est pas suivie par les vendeurs et des procès sont en cours.

On retrouve des traces de glyphosate dans les céréales, oui les céréales du petit déjeuner que l'on donne aux enfants y compris le Muesli et les corn flakes; dans les légumineuses (lentilles, haricots secs, pois chiches) , les pâtes, et tous les produits contenant de la farine de blé, y compris le blé complet et jusqu'à votre croissant du dimanche matin. Le Kouign Amann en contient probablement. Les doses restent faibles : de 40 µg/kg pour une céréale du petit déjeuner à 2100 µg par kg dans certains paquets de lentilles importés. Ce sont les céréales et les légumineuses, comme les lentilles venant du Canada, provenant de pré-récoltes après dessiccation, qui contiennent le plus de glyphosate. Il devient impératif de ne manger que des lentilles bio ! Les bières faites avec de l'orge et du houblon venant de pré-récoltes contiennent aussi du glyphosate. Heureusement, les agriculteurs bretons utilisent la dessiccation naturelle pour le maïs, attendant fin octobre pour les récoltes !

En France, les herbicides contenant du Glyphosate, comme le Roundup seront interdits dans les jardins au premier janvier 2019. Dès 2010 des chercheurs de Buenos-Aires en Argentine ont signé la sonnette d'alarme (2). Des recherches faites à Caen par Gilles-Eric Séralini et Nora Benachoux ont montré que la dangerosité du Roundup venait de la combinaison du glyphosate avec d'autres produits chimiques, soi-disant neutres, mais devenant toxiques dans les mélanges qui composent le roundup. Même si certaines études ont été remises en cause, beaucoup pensent que le principe de précaution doit s'appliquer. Le drame c'est que la dangerosité du produit n'est pas clairement indiquée sur les bouteilles. D'autant plus que beaucoup ne lisent même pas les conseils d'utilisation. Des femmes enceintes ont naïvement utilisé ce produit sans s'imaginer qu'il pouvait avoir des conséquences néfastes sur le foetus.

La politique

"Stop glyphosate", une pétition de type ICE (initiative citoyenne européenne) pour interdire le glyphosate, lancée par des ONG environnementales, a atteint plus d'1,3 million de signatures en Europe et est donc passée.

En octobre 2017, le Parlement européen a voté en faveur de la disparition du glyphosate d’ici à 2022

Le 13 décembre 2017, la commission européenne à donc autorisé le glyphosate pour encore 5 ans ignorant royalement l'initiative citoyenne et provoquant un recours en annulation de cette réautorisation auprès de la Cour de justice de l'Union européenne.

Le 28 mai 2018, l’Assemblée Nationale a voté sur l’interdiction du Glyphosate en France avec 491 absents, 63 contres et 20 pour.

Le 1O août 2018, Monsanto a été condamné par la justice californienne à verser 289 millions de dollars à Dewayne Johnson, un jardinier ayant utilisé pendant des années le glyphosate. Le plaignant est en phase terminale d’un cancer du système lymphatique. Monsanto-Bayer a fait appel.

Le 16 septembre 2018, un autre vote à l'assemblée nationale. Les deux tiers des députés sont absents. Un seul vote contre, celui de Paul Molac.

On en est là. La lutte est entre les puissants syndicats agricoles, soutenus par le lobby de Montsanto, et la grande majorité des Européens qui veulent en finir avec ce poison.

Y'a-t'il des alternatives au Glyphosate ?

Oui il y en a. Le breton Jacques Le Verger, qui a fondé Osmobio, dans les Côtes-d’Armor, travaille depuis 2008 à la conception d’un désherbant naturel biodégradable à base de produits végétaux. L’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) a testé son produit et a conclu qu'il serait totalement inoffensif pour l’homme et l’environnement.

Une autre solution est le paillage avec des films de matériaux biodégradables comme du jute mais c'est bien trop cher pour le moment. Des chercheurs travaillent sur des films naturels bon marchés (le plastique est vraiment pas recommandé). Si les semences pouvaient y être intégrées et si le matériau pouvait aussi fertiliser le sol, il suffirait, pour l'agriculteur, de dérouler mécaniquement d'immenses rouleaux, faisant d'une pierre "trois coups", empêchant l'herbe de pousser, ensemençant, et fertilisant le sol.

Le problème est que le glyphosate est très bon marché et très efficace. Pour les agriculteurs, dont beaucoup travaillent déjà à perte, un surcoût leur serait fatal si le glyphosate n'est pas interdit dans toute l'Europe. C 'est dans ce sens qu'il faut comprendre les positions de Macron et des députés LRM. D'ailleurs le commissaire européen français a voté pour l'interdiction. La solution se trouvera à Bruxelles, pas à Paris. Une fois interdit, les importations de légumineuses ou de céréales venant de pays où le glyphosate et la dessiccation ne sont pas interdits, devront aussi être interdites.

Modifié le 21/09/18 à 10:15


Notes:
(1) ABP a contacté Thierry Merret, le président de la FDSEA du Finistère, pour qu'il nous donne la position de la FDSEA sur le glyphosate mais nous n'avons pas eu de réponse.

(2) Voir le site du reportage de Ouest-France en Argentine (nov 2017) ■

PDF Document PDF OMS

Vos commentaires :
2milie Le Berre
Lundi 10 decembre 2018
Il y en a aussi dans les vaccins. Je ne sais plus pourquoi mais je peux retrouver ça si ça vous intéresse.

Caroline Le Douarin
Lundi 10 decembre 2018
491 députés en vacances au mois de mai ! Et pour une question aussi importante... Quel scandale
Il devrait y avoir une règle imposant un quota raisonnable de présents (sinon tous) pour les votes.

Jean-Luc Kokel
Lundi 10 decembre 2018
Ça commence fort, une image hors propos et un commentaire sur les abeilles, le tout pour un herbicide systémique (qui agit lorsqu'il est absorbé par les feuilles) !
Oui, le glyphosate est appliqué sur les couverts végétaux (ce qui protège les terres) dix jours avant les semis. Cette pratique permet de préserver, et même de reconstituer les sols, de plus, semer quelques jours plus tard avec des semences ordinaires, et cela pousse, c'est dire la toxicité du produit !
Le glyphosate neurotoxique, ça, c'est nouveau ! D'ailleurs, toutes ces abeilles qui meurent à la sortie de l'hiver, alors qu'aucun traitement phytosanitaire n'est utilisé, cela mériterait que l'on s'y arrête ?
Savez-vous qu'avec les progrès de la chimie, honnis par ailleurs, on peut détecter des doses infinitésimales de n'importe quelle substance ?

P. Argouarch
Lundi 10 decembre 2018
@Kokel : Vous remettez en cause les conclusions de l'OMS ?

Jean-Luc Kokel
Lundi 10 decembre 2018
Je suppose que c'est à moi que cela est adressé ?
@Kobel : Vous remettez en cause les conclusions de l'OMS ?
Premièrement, il ne s'agit pas de l'OMS, mais du CIRC, également nommé IARC,.
Cette agence classe le glyphosate comme cancérigène… seulement probable, après compilation de la littérature mondiale disponible. Elle est la seule avec les mêmes sources, à obtenir ces conclusions, toutes les autres agences équivalentes n'ont rien à reprocher au glyphosate.

P. Argouarch
Lundi 10 decembre 2018
@Kokel : Mais le CIRC fait partie de l'OMS ! c'est même l'OMS qui a créé le CIRC ! Voir le site . Pour votre info l'OMS est une autorité respectée bien au dessus des autres laboratoires ou institutions. Ils prennent dix ans avant de donner un avis et représentent la communauté internationale et non pas des intérêts d'un État, d'un syndicat, ou d'une entreprise qui peuvent influencer des conclusions. Je suis ouvert au débat et serais curieux de connaitre votre interprétation de l'hécatombe des ruches en Bretagne l'hiver dernier.

P. Argouarch
Lundi 10 decembre 2018
J'ai ajouté un nouveau paragraphe sur les alternatives.

Jean-Luc Kokel
Lundi 10 decembre 2018
Pour l’OMS, il est toujours surprenant de ne rien lire sur leur site, si ce n’est pour l’eau de boisson. Une recherche dans leur base donne 4 résultats, il y en a 181 pour l’amiante et 3580 pour le tabac, cela interpelle.
Un des membres du CIRC est soupçonné de lien avec des cabinets d’avocats américain, l’histoire n’est pas terminée, il faut surveiller pour l’instant. Sachez que parmi toutes les molécules analysées par le CIRC, une seule est totalement blanchie, mais pour les risques de cancer.

Je ne suis pas spécialiste des abeilles, mais la mortalité au sortir de l’hiver m’avait surpris. On peut accuser le glyphosate de détruit les plantes à fleurs, plus probablement les insecticides tels les néocotinoïdes, mais la saison ne semble pas cohérente avec leurs usages. J’ai trouvé des « experts » qui donnent plusieurs explications, sans affirmer que l’une l’emporte sur l’autre.
Un article : Disparition des Abeilles : La Mortalité Hivernale
Voir le site
et un autre, Mortalité des abeilles : « L’erreur se tient debout derrière la ruche »
Voir le site
Mais pour le glyphosate, disons que l’on ne sait pas.
Par contre, il y a bientôt un mois, j’ai assisté à une conférence de jeunes agriculteurs qui développent une agro-écologie préservatrice et restauratrice des sols. Ils obtiennent d’excellents résultats, les sols abimés se reconstituent, seulement, pour détruire le couvert végétal avant le semis, ils emploient du glyphosate à dose réduite.
Twitter : @jlukphoto


P. Argouarch
Lundi 10 decembre 2018
@Kokel : La dangerosité du Glyphosate n'est pas tant dans les doses de l'ordre du microgramme que l'on retrouve dans l'alimentation mais vient surtout de l'absence de précautions prises lors de son utilisation. C 'est bien le cas de ce jardinier californien qui va mourrir du cancer. En écrivant cet article, je pensais surtout au fermier qui labourait les champs autour de chez moi dans la campagne du Pays Bigouden. Il est mort d'un Cancer à 45 ans en pleine force de l'âge. Quelques temps après, j'ai croisé son père venu ramasser ses pommes et il m'a dit ceci "il est mort car il ne voulait PAS porter de masque de protection quand il aspergeait ses champs". J'ai aussi visionné cette vidéo que je n'ai pas voulu mettre en ligne pour les raisons que vous imaginez très bien au vu de votre réaction à la photo Voir le site . La condamnation de Montsanto porte justement sur l'absence de WARNINGS sur les bouteilles de Roundup. je viens de regarder sur Amazon, et tourjous rien sur les bouteilles. On recommande juste des bottes, des gants et un pulvérisateur. Zoomer sur Voir le site


Jean-Luc Kokel
Lundi 10 decembre 2018
Certains pesticides sont dangereux et il faut s’en protéger, mais le glyphosate beaucoup moins que le sulfate de cuivre, la bouillie bordelaise, employée dans la viticulture bio. Tous les pesticides sont des produits actifs, comme les médicaments, il faut les utiliser sciemment, et pour certains avec des protections. Mais dans la panoplie de l’agriculteur, il n’est pas certain que le glyphosate soit le plus problématique, des études massives, comme les 55 000 agriculteurs suivis sur plus de 20 ans, ne le démontrent pas.
En centre Bretagne il y a 10 ans, j’ai vu un agriculteur utiliser du glyphosate pur sans protection et dans des conditions scabreuses, une pratique annuelle. Aux dernières nouvelles, il allait bien… Mais on ne peut généraliser.
Attribuer les cancers à telle ou telle cause est un marronnier médiatique, les cancérologues apprécient-ils ces affichages, il faudrait leur demander. De là à affirmer que tel cancer est attribuable à une cause bien précise est un exercice scabreux, d’autant pour des personnes en contact avec de nombreuses substances. On a de bonnes probabilités pour le tabac, l’alcool et quelques autres causes bien identifiées, mais l’assurance de la presse laisse souvent songeur, encore plus les reportages alarmistes.

Jack Le Guen
Lundi 10 decembre 2018
Quand l'État déconne avec le Clordécone. Le désastre en Martinique. Voir le site . Un précédent.

Youenn Pibot
Lundi 10 decembre 2018
Bonsoir

Une remarque sur les abeilles, et leur mortalité qui, par son caractère hivernal ne devrait _ soit-disant _ pas être correlée aux dates des traitements (glyphosates...ou autres...)

Quelques remarques apicoles préalables:
- les abeilles d'été vivent 3 semaines environ, tandis que les abeilles d'hiver vivent... 6 mois; ce qui veut dire qu'on peut très bien "polluer" une colonie durant l'été.... et n'en voir les effets que plusieurs semaines/mois après

- parlons mortalité... figurez-vous qu'on observe dorénavant des mortalités.... ESTIVALES... ; des colonies qui ont bien passé l'hiver, avec un surveillance accrue, donnent une bonne récolte au printemps, puis une autre en été... puis .... direction le cimetière...; je connais personnellement un apiculteur qui a perdu 80% de ses ruches ainsi durant cette saison, avec exclusion des autres raisons (varroa, frelon asiatique, loques...)

Il y a 30-40 ans, l'apiculture se portait bien, et mes confrères m'indiquent que du miel "on en avait à perdre".
Depuis.... on a inventé le progrès : glyphosate, néonicotinoïdes, pratiques agricoles intensives, et il faut nourrir les abeilles (vous avez bien compris: on leur donne à manger, avec des sirop de sucres, etc...)

Vous avez dit progrès ?
Ben voyons...


Job LE GAC
Lundi 10 decembre 2018
Réponse à JL Kobel : " . . . pour détruire le couvert végétal avant le semis, ils emploient du glyphosate à dose réduite." . .
Et les semis directs ? . .. ne nécessitent pas la destruction du couvert, du moins, quand ils sont bien faits !
Voir le site

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