Descartes et l'été 2013 (2)

Communiqué de presse publié le 7/08/13 10:47 dans Cultures par Simon Alain pour Université Populaire de Philosophie Bretonne (UPPB)
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Fin juin 2013, les Presses Universitaires de France ont publié un nouveau "Que sais-je ?" entièrement consacré à « René Descartes ». La quatrième de couverture est éloquente : a) la philosophie cartésienne se déclinerait en « un refrain tranquille » b) ce refrain serait celui « de la France entière » (on notera bien la précision : il s'agit de la France « entière ») c) ce refrain est résumé à une formule lapidaire (qui trahit la philosophie de Descartes) : « je pense, j'existe ».

D'une part, Descartes écrit « je pense, je suis » et d'autre part, « je suis, j'existe ». Autrement dit, rien ne justifie le raccourci de ce « je pense, j'existe » résumant la pensée de Descartes à « une bouillie indigeste ». Cet ouvrage est un pur scandale. L'esprit français s'y dévoile dans toute sa splendeur. Ajoutons que la page 10 est une réponse point par point à notre "Descartes, Breton ?" (2009). Tout y est : le Panthéon, l'église de Saint-Germain-des-Prés, le crâne et même l'empoisonnement à l'arsenic ! Car il faut quand même reconnaître que c'est là le premier ouvrage français à admettre (même si c'est du bout des lèvres) "que Descartes a été empoisonné" ! Citons le propos (p. 9) : « Décédé en terre luthérienne – peut-être suite à un empoisonnement à l'arsenic ». Cependant, si le meurtre est concédé, rien bien sûr concernant le Parlement de Bretagne...

Descartes est présenté dans ce livre comme « le cinquième mousquetaire » (ce qui aide considérablement la compréhension de son oeuvre). Le ton est « grand seigneur » (ce qui caractérise « le style français »), et il est mentionné dans l'introduction que le crâne du philosophe (qui n'est pas le sien) se trouverait « dans le tout petit musée Descartes, en Touraine » (c'est la dernière phrase de l'introduction).

Ce musée est d'autant plus « petit » que le philosophe est « grand », voire « immense ». Car, plus que jamais, il a « la taille d'un pays ». C'est, en quelque sorte, chaque « Français » qui doit se reconnaître dans cette sorte de "père (ou grand-père) de la nation". La couverture du livre est elle aussi éloquente : elle présente le timbre qui a été spécialement créé en 1996 pour le 400ème anniversaire de la naissance de Descartes.

Si l'intention de ce petit livre est de « temporiser » la vague de contestation (américaine, allemande et bretonne) qui règne depuis 2008, et de fermer ainsi « le dossier Descartes », "il ne fait en réalité que l'ouvrir", car y manque partout « le bon sens » dont parlait si bien Descartes en son temps.

Notons en outre l'usage systématique du latin dans les références (ce qui est censé rendre le propos « plus scientifique » et donc « moins contestable »). Or, si Descartes s'est donné la peine d'écrire en français au 17e siècle, c'est peut-être pour qu'on ne le lise pas en latin au 21e siècle. Notons aussi que l'auteur (normalienne, agrégée et Docteur d'Etat) est une spécialiste de Fénelon (1651-1715).

Ce petit livre représente donc « le point de vue français » dans ce qu'il a de plus conservateur et de plus unilatéral, c'est-à-dire ne tenant compte de rien d'autre que "de lui-même". L'expression « France entière » est une provocation : il s'agit bien de celle qui commence et qui finit à Paris. C'est alors moins que ce livre « trahisse l'esprit de René Descartes » qu'il ne le rend en fait "profondément inintéressant". C'est sans doute le but de la manoeuvre : il ne s'agit pas de "comprendre René Descartes", mais de faire en quelque sorte « le ménage » dans ce que l'on dit de lui. Quoi de mieux que de régler son compte au philosophe pendant l'été ? Alors que « les Français » sont « en vacances » et qu'ils préparent une rentrée annoncée comme particulièrement « difficile » ? A l'heure où les injustes portiques « écotaxe » commencent à tomber en Bretagne, l'attitude franco-française relève de la pure inconscience.

Simon Alain


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Samedi 4 mai 2024
« Descartes est né à la Haye, en Touraine, je le sais fort bien, et les Tourangeaux ont bien fait de donner son nom à la petite ville où il vint au monde ; mais je voudrais que les biographes (…) fissent observer que ce fut par une circonstance fortuite, et que, quelques semaines plus tôt ou plus tard, Descartes serait né en Bretagne. On étonne beaucoup de gens, quand on répète avec monsieur Michelet : Le Breton Pélage, le Breton Abélard, le Breton Descartes, et cependant rien n’est plus exact que cette expression (…). C’est donc avec raison que la Bretagne revendique, comme un de ses plus glorieux enfants, Descartes, né d’un père Breton, ayant passé une partie de sa jeunesse en Bretagne».

Abbé Génevey, «Bulletin de l’Académie Delphinale de Grenoble», 1856.

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